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Focus sur... Victorin Bès, un témoin de la guerre

Quelques extraits du carnet de ce soldat originaire de Castres.

Présentation du témoin et du témoignage

        Né à Castres en 1895, Victorin Bès est surveillant de collège à Mirande (Gers) en août 1914. Mobilisé en décembre 1914 dans l'infanterie, il tient un carnet durant toute la guerre remarquable par sa liberté de ton et sa finesse d'analyse.

        Disponibilité : témoignage publié. Bès Victorin, Journal de route 1914-1918, Le carnet d'un soldat castrais de la Grande Guerre, présenté par Jean Faury, Castres, Société culturelle du pays castrais, 2010, 208 p.

        Références : R. Cazals (dir.), 500 témoins de la Grande Guerre,  Editions Midi-Pyrénéennes / Edhisto, 2013, pp. 70-72.

     

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    Sept extraits du carnet de guerre de Victorin Bès

    • Extrait 1 : Il revient dans son carnet de guerre, en décembre 1914 sur l'entrée en guerre :

              « Depuis le 4 août, nous sommes en guerre contre l'Allemagne. L'épouvantable fléau contre lequel luttait avec tant d'énergie et de cœur notre Jaurès est déchaîné. L'Allemagne nous a déclaré officiellement la guerre, nous ont dit les journaux. Nous sommes de doux agneaux attaqués par le loup. [...] Je suis jeune. Je ne connais des causes de la guerre que ce que nous a dit la presse, fin juillet. [...] J'ai vécu la fièvre de tous mes compatriotes. J'ai entendu hurler « A Berlin » [...] Après les pleurs des femmes pendant la journée du 4 août, après les chants, après les musiques militaires, le canon a tonné [...] Chassons de nos esprits tous les doutes. [...] Il faut que, malgré mes opinions, je sois persuadé de la volonté de paix de nos représentants du peuple. Certes, la structure capitaliste des nations, la Paix armée, les conflits d'intérêts des magnats des mines et de l'industrie, sont moralement responsables de l'état de choses actuel. Mais qui a déclaré la guerre ? C'est l'Allemagne. Qui est attaqué ? C'est la France. »

    • Extrait 2 :

    Fac-similé du carnet de Victorin Bès 25 septembre - 8 octobre 1915


              La tension est perceptible dans son carnet lorsqu'il griffonne quelques lignes, le 25 septembre 1915, à l'attention de ses proches, d'une écriture saccadée traduisant sa nervosité. Le 8 octobre 1915, il reprend son carnet et relit « avec émotion les lignes ci-dessus écrites d'une main un peu énervée avant l'attaque ». Les notes fiévreusement jetées sur le papier, quelques instants avant l'assaut, décrivent l'atmosphère apocalyptique dans laquelle sont plongés les hommes : « nous sommes dans la fumée des explosions. Les tranchées boches en face semblent en feu la terre voltige, les éclats miaulent, tout saute. »

             Ce soldat du 61e régiment d'infanterie livre un récit poignant de la grande offensive de Champagne en septembre 1915. Le 8 octobre 1915, il reprend son carnet et lit « avec émotion les lignes [...] écrites d'une main un peu énervée avant l'attaque » (voir p. 1). Les notes fiévreusement jetées sur le papier, quelques instants avant l'assaut, décrivent l'atmosphère apocalyptique dans laquelle sont plongés les hommes : « nous sommes dans la fumée des explosions. Les tranchées boches en face semblent en feu la terre voltige, les éclats miaulent, tout saute. » Victorin Bès parle au présent et, enchaînant les phrases courtes, donne à son écriture un rythme effréné, haletant. Il tente de mettre de l'ordre dans le maelström de sensations, d'émotions et d'images dans lequel il vient d'évoluer (extrait A) Cette impression de confusion traduit à la fois à la perception directe des événements tout autant qu'à la difficulté à trouver les mots justes pour transmettre ses impressions. On touche ici à l'indicible, à la transposition impossible d'une expérience limite dans un récit linéaire. Le carnet de Victorin Bès rend compte de ce trouble, de cette confusion des sens, mais également de l'importance de donner du sens. Il livre ainsi significativement deux autres regards sur cette même attaque. Alors qu'il s'en tenait jusqu'alors à sa perception directe des événements, il prend de la hauteur et replace son expérience dans l'ensemble des opérations. Il ajoute à son récit les suppositions ou les informations qui lui faisaient défaut sur le moment et retrace a posteriori le fil des événements, glissant significativement du présent au passé (extrait B). Le croquis que propose Victorin Bès de l'attaque à laquelle il a participé (ci-contre) souligne lui aussi la nécessité de donner du sens à son action : il note ainsi soigneusement au centre du dessin la parallèle d'attaque, en avant de la tranchée de 1ère ligne française - « je suis parti de là à l'assaut » (1) - le point où il s'est arrêté devant les fils de fer non détruits - « Bès » (2) - et les « zones mortelles » où ont péri les autres unités (3).

    extrait A

    « Sont-ils tous tués en face ou ont-ils battu en retraite ? Aucune balle de Mauser arrive jusqu'à nous. Heure H, c'est-à-dire 9 heures moins dix. Tenez-vous prêts ! Le 75 allonge son tir. Sifflet : En avant ! Pas de traînards ! Les corps bleu horizon se dressent, gravissent le parapet, l'arme à la main. On crie, on hurle, mais qu'y a-t-il ? Pourquoi nos mitrailleurs tirent-ils ? Mais non, ce sont les Boches. Voici leurs mitrailleuses en danse, déclenchées dès nos premiers pas. Les balles sifflent éperdument, s'écrasent à nos pieds. Des corps tournoient, tombent en arrière. Quoi ? des obus maintenant ? Le capitaine hurle : "En avant !" La ligne d'attaque flotte, s'éclaircit. Je continue de marcher comme un automate, à courir plus exactement. Nous voici aux fils de fer à détruits seulement [...] Je coupe les fils de fer avec mes cisailles. Les balles crépitent. [...] Nous voici en plein champ de tir des mitrailleuses car la légère butte de terrain ne nous protège plus [...] Les obus boches pleuvent sur les réserves de 2e ligne puisqu'elles n'avance pas derrière nous [...] Où est la 2e ligne d'assaut, crie avec angoisse le capitaine ? [...] Enfin, ordre de reculer, de revenir au point de départ. Les canons se calment. Le 150e [R.I.] entre en ligne, il va remettre ça. Bonne chance les copains ! »

    extrait B

    « Que s'était-il passé ce matin ? C'est bien simple : à droite les zouaves avancés de 6 km et atteint Saint-Souplet, mais entre eux et le 161e, les chasseurs à cheval, dont les montures étaient entravées dans de petits fils de fer cachés dans l'herbe, sont fauchés par les mitrailleuses. [...] Il faut croire que les avions boches avaient photographié le boyau Joffre élargi et qu'ils avaient compris que, dans l'attaque qui se préparait, la cavalerie essaierait de jouer un rôle. Ces chasseurs à cheval complètement anéantis, il semblait que les Boches connaissaient le secteur où ils attaqueraient et qu'ils avaient massé des mitrailleuses en conséquence. [...] Donc, zouaves en avant après avoir percé, à leur gauche chasseurs tués sur place, puis 161e décimé, 154e et plus à gauche vers Aubérive, la 42e division anéantie. »
    • Extrait 3 :

    16 octobre 1915 : « depuis le 25 septembre, on n'a pas encore relevé tous les cadavres - 20 jours après [l'attaque] ! Dans les tranchées boches, dans celles où nous sommes, [...] ça sent mauvais ; il y a des cadavres enfouis par ci par là et l'on aperçoit soit un pied, ou une main hors de terre. A 50 mètres de nous, dans un abri de 10 mètres de profondeur, on a fourré tous les cadavres boches trouvés en piochant. C'est le 150ème qui a fait cette corvée. On a bouché l'ouverture avec de la terre mais l'odeur traverse ».

    • Extrait 4 :

    9 novembre 1915 : « soyez fier de nous, vous tous de l'arrière qui lisez le communiqué : le moral des poilus est admirable, ils meurent le sourire aux lèvres, ils ne crient pas maman en murant les entrailles broyées, mais hurlent : Vive la France ! Ah, crapules de journalistes qui entretenez ainsi le moral de l'arrière, venez donc vivre une heure seulement au moment où se « radinent » les crapouillots, torpilles, etc. » « Notre mère, la Patrie qui nous fait tuer ? Allons donc ! Ma Mère, c'est ma maman qui pleure et tremble chaque nuit sur mon sort. Ma patrie, c'est ce que j'ai de plus cher au monde et qui m'aime, c'est maman, c'est papa. »

    • Extrait 5 :

    14 décembre 1915 : « nous apprenons qu'à notre droite [...] depuis quelque temps les tranchées n'étant qu'à quelques mètres des tranchées boches, une sorte de sympathie s'était établie entre les Français et les Allemands en présence. Ils échangeaient des bribes de conversation où les gestes suppléaient à la parole - Fritz Kamerad - Pas bon la guerre - Nich - La Paix ya - Jamais de coups de fusils ne s'échangeaient. Mais ils se prévenaient le jour de la relève les uns ou les autres. Enfin, un jour dernier, les Français qui depuis 2 ou 3 jours franchissaient un simple barrage de sacs de terre pour aller apporter du vin aux Allemands ont été aperçu par le lieutenant de leur section. [...pour ne pas se faire arrêter...] ils ont sauté sur la tranchée et se sont rendus aux Allemands. Ils ont terminé la guerre. Et si leur geste était suivi de part et d'autre sur l'ensemble du front, les gouvernants seraient bien obligés de chercher une entente et d'en finir avec cette monstruosité qu'est la guerre. Hélas nous sommes des moutons et chez les Fritz c'est encore pire. »

    • Extrait 6 :

    20 avril 1916 : « violent bombardement ce matin à 4 heures sur ma compagnie, 25 tués en une heure ! [...] Décidément, les Boches en veulent à ma tête : un éclat a fendu le rebord de mon casque [...] Puisque nous avons un moment d'accalmie, je vais en profiter pour noter « un coup noir de cafard » qui m'avait pris cette nuit avant le bombardement. Nous avons du froid et de la neige ; quelques évacués pour pieds gelés. De les voir partir ces jours derniers vers l'arrière, la mine réjouie malgré la gravité de leur mal, d'entendre leur dire ou de leur avoir moi-même dit : « veinard, t'as le filon ! » [...], cela m'avait donné un noir cafard. » Victorin Bès prend alors une décision : « demain, j'aurais les pieds gelés » Il passe à l'acte : il réussit à tromper la vigilance de ses camarades, trempe son pied droit dans l'eau glacé. Mais après un long moment, « la douleur se fait atroce, ma volonté faiblit, je souffre trop [...] je me dis, zut ! Je me rechausse. « Merde, merde et mille fois merde. Tant pis, je crèverai d'un obus ou d'une balle, mais je n'ai pas le courage de me faire geler le pied » »

    • Extrait 7 :

    En janvier 1916, Victorin Bès peut partir en permission à Castres. Il note l'impression que lui a faite la ville de Castres : « Vie très animée en ville. Les usines travaillent à plein rendement. Toutes les fonderies travaillent à fabriquer des obus et des torpilles. Que n'ai-je appris le métier de papa et je laisserai faire la guerre aux autres » Son père était serrurier-mécanicien dans une usine textile. Les « affectés spéciaux », mobilisés dans les usines pour les besoins de la production sont des ouvriers qualifiés. Ils sont loin des dangers du front.

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