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Témoignages de la Grande Guerre

Comment et pourquoi les témoignages se sont-ils imposés comme des sources de premier ordre dans l'étude de la Grande Guerre ? Quelques éléments de réponse à travers les témoignages de combattants originaires de la région...

         La tension est perceptible dans l'écriture saccadée de ce soldat tarnais, Victorin Bès, lorsqu'il griffonne dans son carnet, le 25 septembre 1915, quelques instants avant l'assaut : « au revoir à Castres. Je clos là ces notes. Les continuerai-je ? Au revoir maman au revoir papa au revoir vous tous que j'aime et qui m'aimez. Ne pleurez pas. Je vais aller en avant vers mon destin. Bons et affectueux baisers. Au revoir pépé, au revoir parrain, au revoir maman, au revoir papa. Votre fils qui vous aime. » Ce document nous plonge, par la forme comme par le fond, au cœur des expériences combattantes et illustre l'importance de ce type de sources dans l'approche du premier conflit mondial

        

Le point sur... les témoignages de la Grande Guerre

            Les Confessions de Saint Augustin, les Voyages de Marco Polo ou encore les Mémoires de Sainte-Hélène de Napoléon Bonaparte comptent parmi les écrits individuels les plus célèbres rédigés avant 1914. Ces textes autobiographiques émanent presque exclusivement de personnalités de premier plan, qui destinèrent leurs écrits à la postérité. La Première Guerre mondiale ne fait pas exception et nombre de responsables civils ou militaires ressentent le besoin d'éclairer la logique de leurs choix (F. Foch). Toutefois, une des originalités du premier conflit mondial réside dans le volume considérable de témoignages, issus majoritairement d'hommes, mais également de femmes, provenant de tous les horizons sociaux, qu'il a généré.


        Jusqu'alors, aucun événement n'avait suscité chez un aussi grand nombre d'acteurs un désir de poser des mots ou des images sur ce qu'ils vivaient : des millions de lettres circulent chaque jour, entre le front et l'arrière ; des milliers de combattants se lancent dans l'écriture de carnets de guerre ; la presse donne rapidement à lire des extraits de lettres ou de carnets, soigneusement choisis, puis les éditeurs prennent le relais, publiant à leur tour des témoignages du front. Romans, carnets de guerre, correspondances, souvenirs ou réflexions donnent ainsi à lire, dès le conflit lui-même, les expériences de nombreux mobilisés, qu'elles soient physiques (les conditions d'existence, le combat, la relève...), sociales (le séjour en permission, la lecture du courrier, les repas collectifs) ou émotionnelles (la peur de la mort, de la blessure mutilante, la colère face à la mort d'autrui, le désir ponctuel de vengeance,...). Par-delà ces similitudes, chaque témoignage rend néanmoins compte d'une expérience individuelle, irréductiblement unique, et du contexte spécifique de sa production et de sa publication.


         Si les témoignages apparaissent aujourd'hui comme l'une des sources de premier ordre dans l'approche du premier conflit mondial, les historiens n'y prêtent guère attention dans l'immédiat après-guerre. L'objectif était alors avant tout de proposer une vue d'ensemble du conflit, et notamment une analyse des opérations militaires. Pierre Renouvin en venait en conséquence à estimer que « les témoignages des combattants, dont la consultation est très utile pour comprendre l'atmosphère de la bataille, ne peuvent guère donner de renseignements sur la conduite des opérations, car l'horizon de ces témoins était trop limité » . C'est en réaction à cette mise à l'écart historiographique initiale que plusieurs auteurs cherchent à souligner la valeur documentaire de ces sources particulières, sous réserve bien sûr qu'elles soient soumises aux strictes règles de la critique historique. Citons ici l'immense œuvre de Jean-Norton Cru, qui recense et analyse 300 ouvrages, écrits par 250 témoins français, ou encore l'anthologie proposée par André Ducasse . Les années 1928-1935 marquent ainsi une étape importante dans la prise de parole publique des combattants et participe de leur entreprise de réappropriation de leur propre mémoire. Aux témoignages publiés pendant la guerre, copieusement frappés par la censure, s'ajoute une seconde vague de souvenirs ou de romans, dont certains rencontrent un succès mondial, à l'instar d'A l'ouest rien de nouveau d'Erich Maria Remarque.


         Pendant longtemps, l'essentiel des écrits publiés est essentiellement l'œuvre de professionnels de l'écriture : romanciers, journalistes, hommes politiques, enseignants,... Les premiers témoignages édités pendant le conflit ou dans les deux décennies qui suivirent, sont essentiellement composés par des mobilisés qui avaient déjà été publiés avant 1914 (P. Voivenel). En effet, rares ont été les non-professionnels de l'écriture à faire la démarche de proposer leur manuscrit à des éditeurs. Il fallut donc attendre les années 1970 pour qu'émergent les écrits, les dessins ou les photographies de témoins d'origine populaire, conservés par les familles, et que soient constituées à l'initiative de plusieurs associations, dont l'ONAC, des archives orales (H. Porcher).
         Nombreux ont été les combattants à prendre la parole. Les progrès de l'alphabétisation à la fin du XIXe siècle ont rendu possible ce passage par l'écrit. Mais l'immense production d'écrits individuels tient d'abord à la longue séparation imposée par la guerre, qui a poussé les combattants à entretenir avec leurs proches d'abondantes relations épistolaires qui soulignent l'importance de ce lien vital avec l'arrière (H. Fusié). Certains combattants, moins nombreux, entreprirent la rédaction d'un carnet de guerre ou de souvenirs, afin de garder la trace d'un événement perçu comme extraordinaire.
           Les annotations se résumaient parfois à des lieux et des dates, et le style put se révéler lapidaire. La richesse des carnets ou des lettres dépend en effet de l'aisance naturelle, des compétences langagières propres à chaque auteur, car, si la majorité des mobilisés savaient lire et écrire, la maîtrise du français s'avérait très variable, en particulier en raison de la prégnance des dialectes régionaux (breton, corse, picard ou encore, dans notre région, occitan). Par ailleurs, la réserve et la pudeur des témoins issus des classes populaires, peu enclins à oser se raconter publiquement, les ont souvent amenés à passer sous silence certains aspects de leur expérience.


          Plus que toute autre source, les lettres sont soumises à de fortes contraintes d'écriture. Avant tout destinées à maintenir un lien avec l'arrière, elles sont souvent empreintes du désir de rassurer. Leurs auteurs ont ainsi naturellement tendance, plus ou moins consciemment, à atténuer leur évocation des aspects les plus durs de l'expérience combattante. On relève ainsi des cas évidents d'autocensure (G. Bonneau), faisant parfois écho au désir des destinataires civils eux-mêmes (Z. Baqué et I. Cassagnau).
          Les souvenirs composés a posteriori par les anciens combattants présentent quant à eux un risque évident de déformation. Le récit d'un événement peut être altéré, ou être relu, à l'aune d'autres événements et d'autres discours ultérieurs. De ce point de vue, les lettres et les carnets, obéissant à une chronologie stricte, inscrits par nature dans l'immédiateté, offrent l'avantage de ne pas lisser les sentiments complexes, parfois ambivalents, des témoins : l'espoir soulevé par une offensive éclaire par exemple la déception voire la colère ressentie lorsqu'elle s'avère être un échec. Pour autant, un témoignage tardif n'est pas nécessairement moins véridique. Tout dépend de la qualité de l'encodage mémoriel, parfois imparfait mais en d'autre cas particulièrement précis pour certaines scènes, toujours ancrées dans les mémoires plusieurs décennies après l'événement (H. Porcher).


          Par-delà ces considérations, les témoignages offrent un autre regard sur les réalités du front, tempérant par exemple le discours de guerre véhiculé par les différents médias (Z. Baqué). Ils complètent les sources officielles en donnant à lire une guerre à hauteur d'homme (L. Lamothe) et permettent de prendre la mesure de la complexité du premier conflit mondial.

Documents commentés

Un témoignage pour l'histoire : Ferdinand FOCH

Écrire la guerre, écrire sa guerre : le cas de Paul VOIVENEL

Le lien vital entre le front et l'arrière : les lettres d'Henri FUSIÉ

Un témoignage oral : Henri PORCHER

La lettre, source d'information : Zacharie BAQUÉ

L'expérience du combat à hauteur d'homme : Louis LAMOTHE

Entre besoin de raconter et nécessité de rassurer : Ivan CASSAGNAU

L'autocensure à l'œuvre : lettres de Georges et Marie-Thérèse BONNEAU

Pour découvrir d'autres témoignages d'hommes et de femmes de notre région...

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