1306 - 2006
700 ème anniversaire de la fondation de la Bastide de RABASTENS DE BIGORRE

Rabastens de Bigorre est une cité singulière à bien des titres. Elle est d'abord une des très rares bastides royales fondées au Moyen-Age, ville neuve établie sur des terres du roi-comte de Bigorre, sans accord ou paréage avec un seigneur voisin. Cette bastide fut fondée en février 1306 par le représentant du roi en Bigorre, le sénéchal Guillaume de Rabastens (un Tarnais), qui lui donna son nom et des armoiries (3 raves, en changeant le fond, qui passe de noir à rouge et en ajoutant une brisure, une fleur de lys sur un chevron d'or). La charte des coutumes fut donnée ensuite, copie de celle de Marciac. Les foires furent fixées à la Saint-Louis (patronage "royal") et à la Saint-Vincent (patron des vignerons, la vigne étant alors une grande richesse locale).
Rabastens, conçue sur le plan de la bastide de marciac, devait devenir une grande cité concurrente de Tarbes : de fait son installation ne se fit pas sans mal. Les tarbais prétendirent avoir des droits sur des bois dans cette zone - ils pressentaient sans doute le danger d'une implantation royale en Bigorre. En 1340 une émeute éclata entre les habitants de Vic et ceux de Rabastens, rivaux pour le commerce et les honneurs.
Le plan de la bastide fut conçu autour d'une vaste place. Des rue orthonormées furent tracées, délimitant des moulons d'habitations, qui se poursuivirent dans le parcellaire des champs. Le plan urbain est ainsi un ovale formé par un fossé, un canal et une muraille de briques percée de portes. L'ouest du site fut doté d'un château débordant de cet ovale et entouré de ses propres fossés en eau.
Cette première vraie bastide bigourdane fut un succès : des maisons de bois et de pierre, une vaste halle en bois, six moulins, une grande église dédiée à Saint-Louis, un hôpital, un couvent de frères des Carmes et de puissantes fortifications en briques et galets (murailles, portes, château) marquent au 15° siècle la puissance de la ville.
Les nuages noirs cependant s'amoncelaient : l'occupation anglaise, les peste et disettes, le protestantisme furent autant de crises locales entre 1348 et 1560. La bastide fut incendiée en 1569 lors de l'attaque des troupes du catholique Blaise de Montluc. Les maisons, pour la plupart en bois, brûlèrent ainsi que le couvent et l'église en partie.
Désertée puis reconstruite médiocrement, la bastide a pris lentement son visage actuel : sur le plan médiéval conservé, Rabastens est redevenue un bourg commerçant et agricole, centré autour de sa place, les maisons étant reconstruites avec les vestiges de la muraille et du château démantelés.
Si la ville actuelle ne conserve plus que de rares vestiges de son glorieux passé, cette histoire exceptionnelle mérite, à elle seule, que l'on fête dignement les 700 ans de sa royale fondation.
(Carte et texte de Stéphane Abadie)