Cérémonie du 18 novembre 2010

Discours de Monsieur Patrick Demougeot, Inspecteur d'Académie

Monsieur le représentant de Monsieur le Préfet,
Monsieur le Maire,
Mesdames, Messieurs,
Chers enfants,

Nous voilà réunis devant ce monument pour honorer les instituteurs du département des hautes-Pyrénées morts pour la France, tués au combat durant la guerre de 1914-1918.

Notre pensée ira également vers l'ensemble des personnels de l'Education nationale morts pour la France en d'autres lieux et d'autres combats.

 

Le 92ème anniversaire de l'armistice du 11 novembre 1918 est un moment privilégié dans nos écoles et nos établissements scolaires afin d'évoquer ces événements historiques et de rappeler le sacrifice de nos collègues et leur héroïsme en période de guerre.

Comment peut-on s'imaginer l'extrême souffrance endurée ? Peut-être en citant Henri Barbusse,  prix Goncourt 1916 pour son livre "Le Feu", où il évoque avec force et violence la condition des soldats : "Cette fatigue épouvantable, surnaturelle, et l'eau jusqu'au ventre, et la boue et l'ordure et l'infâme saleté. C'est les faces moisies et les chairs en loques et les cadavres qui ne ressemblent même plus à des cadavres, surnageant dans la terre vorace."

Il nous est difficile aujourd'hui d'imaginer les souffrances endurées et l'horreur sans nom de la guerre.

Mais ce sacrifice est fait pour sauver la Patrie en danger et pour la liberté des générations futures, ce qu'avaient bien compris nos instituteurs partis au front.
La circulaire du ministre de l'Instruction publique du 27 septembre 1914 parle de 25 000 membres de l'Enseignement Public appelés dès le début de la mobilisation.

 

"Tous font leur devoir. Mais il conviendra de retenir pieusement les noms de ceux qui accompliront des actions d'éclat ou qui verseront leur sang pour la Patrie."

Et déjà, le ministre demande de se souvenir : "Vous voudrez bien, avec le concours des inspecteurs d'académie, dresser la liste des membres de l'enseignement public qui auront mérité pendant la campagne une promotion de grade, une distinction militaire, une citation à l'ordre de l'armée, et, d'autre part, établir la liste de ceux qui seront tombés, morts ou blessés, sur le champ de bataille."

 

Le Bulletin Officiel de l'instruction primaire des Hautes-Pyrénées établira cette liste dans un "Livre d'Or de l'Université".

Cette campagne durera cinq longues années, 25 listes seront établies avec un bilan terrible : 46 instituteurs morts, 68 blessés, mais également 138 citations pour faits glorieux.

Le Bulletin de janvier 1922 établira une liste plus longue : c'est celle qui est gravée devant nous et qui comporte 65 noms d'instituteurs de nos villes et villages.

Je vous propose deux extraits de cette liste d'or à titre d'exemple glorieux, le premier et le dernier :

- Monsieur DOUX-GAYAT Edouard, instituteur à Campan, sous-lieutenant  au 18° régiment d'infanterie, décédé le 23 août1914 dans les combats au sud de Charleroi. Avec cette citation :

  • "L'ordre de se replier qui avait été donné aux troupes françaises ne fut pas porté au sous-lieutenant Doux-Gayat, qui demeure dans la tranchée avec sa section ; des hommes firent observer que la section avait perdu le contact avec le reste des troupes. M. Doux-Gayat répondit qu'il fallait demeurer au poste où on l'avait mis. A ce moment, une nombreuse force allemande  prenant la section à revers, le sous-lieutenant commande la charge à la baïonnette pour percer un accès vers sa troupe. Il fut atteint presque à bout portant d'un coup de feu au cou. il cria plusieurs fois : "je meurs pour la France. Tenez jusqu'au bout". Les allemands le fouillèrent et le dépouillèrent."

- Je citerai également Monsieur DAVEZAN François, instituteur à Cadéac, "tué à l'ennemi au combat de Banognes-les-Rouvrances" dans les Ardennes, le 1° novembre 1918.

Enfin j'aurai une pensée pour Monsieur FONTARRABIE-AURE Jean-Marie, instituteur à Luquet, capitaine au 88ème régiement d'infanterie, blessé une première fois le 9 mai 1915 à Rochincourt, blessé une deuxième fois le 17 avril 1917 à Prosnes, enfin blessé mortellement une troisième et dernière fois le 19 novembre 1917 au Bois-La-Chaume et décédé le 20 novembre, fait chevalier de la Légion d'Honneur le jour même sur le champ de bataille, 4 citations et croix de guerre avec deux étoiles d'argent, une étoile de vermeil et une palme.

Souvenons-nous de leur sacrifice et respectons leur mémoire, qu'ils nous servent d'exemple à tous.

 

photo du haut : La Nouvelle République des Hautes-Pyrénées - groupe La Dépêche.
photo du bas : inspection académique

Page mise en ligne le 24 novembre 2010

 
 
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