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Focus sur... Marie Escholier, un témoin de la guerre

Quelques extraits du journal de cette bourgeoise vivant les premiers mois de la guerre à Mirepoix.

Présentation du témoin et du témoignage

     Née à Mirepoix, Marie Escholier se marie à Raymond Escholier , critique d'art et conservateur de musée à Paris, en 1905. En août 1914, elle attend son époux, mobilisé, en Ariège, avec ses deux fils. Dès l'entrée en guerre, elle commence un carnet, dans lequel elle note son quotidien jusqu'en mai 1915.

    Disponibilité : Témoignage publié. ESCHOLIER Marie, Les saisons du vent. Journal août 1914 - mai 1915, Carcassonne, GARAE/Hésiode, 1986, 154 p.

    Références : R. Cazals (dir.), 500 témoins de la Grande Guerre,  Editions Midi-Pyrénéennes / Edhisto, 2013, pp. 201-202.

 

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Extraits du journal de Marie Escholier

  • 1er août 1914 : annonce de la mobilisation : « L'inquiétude s'insinue en moi lentement, une sorte de crépuscule qui s'abat sur le coeur. » Quelques jours plus tard : « les journaux se contre disent complètement ce soir. Les uns disent que Liège est pris, les autres que les Belges sont vain queurs. On raconte mille histoires d'espions. »
  • 8 août 1914 : « Une belle journée pleine de sérénité. Comment les hommes peuvent-ils se battre lorsqu'ils voient tant de paix répandue sur la face de la terre ?"
  • 10 août 1914 : « La ville et la campagne se sont longtemps défiées, menacées, souhaitées mutuellement la famine et la plus noire misère. [...] « On a appelé les gens qui voudraient remplacer aux champs les hommes absents, personne n'est venu. Personne, crie Léonie indignée. Ah ! Si la faim pouvait leur serrer les côtes. »
  • 17 août 1914 : annonce de la prise de Metz « Je lis dans un vieux journal à propos des combats de Liège : « il y a eu trois mille morts » et les larmes me gagnent en songeant à cette terrible moisson. Ce sont des Allemands je crois, mais ils ont eux aussi des mères pour les aimer, des femmes pareilles à moi, des enfants comme Marc et Claude. Mon Dieu que de douleurs autour de ces trois mille morts ! »
  • 18 août 1914 : « La fièvre des premiers jours se calme. Mirepoix reprend son aspect de toujours, seulement c'est tout de même étrange de ne plus voir les hommes jeunes, il manque vraiment un des éléments de la vie ordinaire, on dirait que le nombre de femmes et de vieilles barbes a augmenté dans d'extraordinaires proportions. »
  • 20 août 1914 : « les journaux ont l'ordre de garder le silence sur les opérations de la guerre. Les soldats eux-mêmes doivent donner strictement de leurs nouvelles sans même dire d'où ils écrivent, de sorte que de plus en plus nous ne savons rien. »
  • 22 août 1914 : « ils ont pris Bruxelles. Le journal s'efforce de ne donner aucune importance à cette victoire allemande et pourtant... D'ailleurs, après avoir lu toutes ces colonnes au long desquelles il n'y a presque rien, on sent que quelque chose ne va pas là-bas. Nous ne saurons la vérité que dans bien longtemps. »
  • 23 août 1914 : « les lettres arrivent maintenant régulièrement. C'est beaucoup de ne plus se sentir séparés. »
  • 27 août 1914 : « Encore pas de lettres. Les trains doivent être pris pour transporter les blessés, il en arrive partout, à Cahors, à Montauban, à Toulouse ; la France est sillonnée de ces tristes convois. »
  • Début septembre 1914 : « Les communiqués officiels ont l'air de galéjades et le reste du journal affecte une gaîté qui ne trompe personne et qui est bête et triste à pleurer, on aimerait mieux les plus désolantes vérités ; d'ailleurs les évènements sont à eux seuls assez éloquents. Ils sont à trente ou quarante kilomètres de Paris. »
  • 6 septembre 1914 : « Je rentre vite après la messe sans même lire les journaux dont les fanfaronnades imbéciles me font mal au coeur. »
  • 13 septembre 1914 : Annonce de l'avance des troupes françaises dans les journaux ; elle apprend qu'une femme, Isabelle, une amie d'enfance, jeune mère, a perdu son mari : « Ils l'ont tué ! Cet homme plein de jeunesse, de santé et de vie qui, le jour de son départ, ne pouvait s'arracher d'auprès son enfant, qui revenait furtivement le regarder dormir, cet homme a été tué par d'autres hommes. Quand ces horreurs passent près de vous, on frissonne jusqu'au fond de l'âme. »
  • « Les trains continuent de charrier les blessés. Quelle affreuse moisson de jeunesse. » Elle apprend la destruction de la cathédrale de Reims et se met en colère. « Je pensais aux pauvres pays de France foulés par l'ennemi, aux campagnes incendiées, à tout le mal qu'ils nous font. »
  • La foire de Saint-Maurice est bien triste. Léonie qui s'y est rendue en témoigne : « à chaque coin de rue on ne racontait que des malheurs : parents sans nouvelles, blessés, tués, prisonniers, et aucun pétard, pas de manège, ni de tir, rien que des gens en pleurs. »
  • 28 septembre 1914 : « Ce soir une frayeur me prend tout à coup de n'avoir pas eu de lettres depuis si longtemps. Je cours voir la date de la dernière lettre reçue, elle a été écrite le 18. Voilà que j'ai peur, mais peur... Il y a au fond de moi une personne raisonnable qui tâche de me rassurer. Je n'écoute rien. Je m'affole et les moindres bruits me font sursauter. Je donnerai tout pour quelques lignes, un mot qui ferait cesser cette angoisse. »
  • 16 octobre 1914 : En visite chez des voisins, on lui montre deux lettres de soldats : « chacun peut les lire. Maintenant la lettre d'un soldat appartient à tout le monde. »
  • 25 octobre 1914 : « tel a disparu, tel n'a plus donné de signe de vie depuis le commencement de la guerre, tel autre devient infirme à la suite de ses blessures. Il y a de pauvres femmes qu'on se montre du doigt. » Tel prisonnier a écrit depuis Magdebourg où il est prisonnier : il « ne paraît pas malheureux. Sa mère est radieuse. On a des bonheurs qui feraient la désolation des jours ordinaires. »
  • 7 novembre 1914 : Départ des jeunes soldats qui s'étaient entraînés non loin. « Ils chantent, leurs voix passent dans une vague d'air, puis tout redevient silencieux pendant que la bande de fumée finit de mourir. Nous restons debout à regarder la plaine déserte, humide et calme en pensant à la guerre, à cette horreur qui est à l'autre bout de la France et vers laquelle ils vont, ces petits soldats qui n'ont pas tous vingt ans. »
  • 25 novembre 1914 : « on annonce une victoire russe mais ici nous ne savons jamais ce qui est vrai et ce qui est faux. On donne souvent l'importance d'un combat décisif à une petite escarmouche. Tout reste diffus, lointain, aussi on ne tambourine plus à Mirepoix. »
  • 30 novembre 1914 : « des lettres. Je ne lis plus régulièrement les journaux maintenant tellement celui de la veille est semblable à celui du lendemain. »
  • 1er mars 1915 : « aujourd'hui il y a un grand départ de territoriaux, des métairies se ferment, des quantité de femmes et d'enfants restent seuls désorientés et partout revient la même question. Qui labourera, qui sèmera ? Cependant les hommes sont partis sans murmurer. Les plus frustres sentent confusément qu'il le faut. »
  • 12 mars 1915 : « c'est toujours la même chose, on se bat sur la terre, sous la terre, dans l'air, sur l'eau, sous l'eau et pour n'avancer - on peut dire - à rien d'aucun côté si ce n'est qu'à faire des hécatombes effrayantes. »
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